Pleure, mon Europe bien aimée…

(Article paru dans les DNA le 14 mars 2021; photo: Sara Kurfeß sur Unsplash)

Après le départ volontaire du Royaume Uni, c’est maintenant la grande Allemagne qui porte gravement atteinte à l’esprit européen. 

La libre circulation des personnes au sein de l’UE a été votée en 1990 et témoignait de la volonté d’avancer ensemble, lentement mais avec détermination, vers une seule et même souveraineté européenne.

Les mesures prises par Berlin lors de la 1ère vague le 15 mars 2020 (fermeture des frontières autorisant seulement les travailleurs frontaliers avec justificatif à se rendre à leur travail - leur interdisant néanmoins de faire leurs achats en Allemagne ! ce qui fut une régression très choquante -), ont été l’objet d’un rejet de l’ensemble de la classe politique du Rhin Supérieur et ont conduit à la proclamation unanime du « plus jamais ça ! »

Or, lors de la 2ème vague (fin octobre) qui a conduit au seul confinement total côté France au mois de novembre (l’Allemagne fermant seulement les bars/restaurants), la mobilité transfrontalière depuis l’Alsace a d’emblée été entravée par la règle du 1h/1 km … les citoyens français n’osant pas transgresser cette disposition. Malgré la non-fermeture (symbolique) des frontières, les flux transfrontaliers de fait ont été sérieusement réduits. Le concept « d’appartenance au même bassin de vie » a été sérieusement ébranlé les mesures entre la France et l’Allemagne n’étant aucunement harmonisées.

Dans cette logique, alors que la France déconfinait début décembre, l’Allemagne a quant à elle décidé de confiner le 15 décembre (fermeture de tous les commerces hors alimentaires), mesure toujours en vigueur actuellement. Les frontaliers étaient autorisés à se déplacer sans mise en quarantaine mais uniquement pour des motifs impérieux tels que raisons médicales, familiales ou études scolaires. Winfried Kretschmann, Ministre- Président du Bade-Wurtemberg, ayant en outre durci le 22 décembre la mesure du déplacement autorisé sous 24 h en zone frontalière sans mise en quarantaine, par l’interdiction totale de se déplacer pour faire ses courses ou se rendre pour ses loisirs en Forêt Noire. De ce point de vue les Ministres-Présidents de la Rhénanie Palatinat (Malu Dreyer) et de la Sarre (Tobias Hans) ont été beaucoup plus souples en restant sur la clause des déplacements sous 24h sans avoir à respecter une quelconque quarantaine. De ce fait les déplacements pour les Mosellans en direction de la Sarre et les Alsaciens en direction du Sud Palatinat ont pu continuer à fonctionner quasi normalement…

Ce n’est qu’avec l’augmentation sévère du taux d’incidence en Moselle que Berlin a imposé à la Sarre de procéder à un contrôle en ne laissant passer que les détenteurs d’un test négatif de 48 h.

Il est évident que malgré la non-fermeture des frontières, la non-harmonisation des mesures entre Berlin et Paris est un problème majeur pour les régions frontalières.

Il introduit le doute et laisse pointer l’idée que face au danger, il n’y a plus d’Union européenne qui vaille… !

A y regarder plus profond, c’est une catastrophe, car c’est uniquement dans la difficulté que l’on peut vraiment vérifier la solidité et la qualité d’une union. 

Citons pour finir le Landrat des Kreises Ortenau, Klaus Brodbeck « L’Europe  c’est un patchwork, et lorsqu’il y a des tensions c’est bien aux coutures (régions transfrontalières) que le tissu peut se déchirer ».

N’y a-t-il pas formule plus juste !

 

Alexis Lehmann
Président d’honneur de Strasbourg Développement

Norma Serpin
Club d’Affaires franco-allemand Rhin Supérieur

 

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